La consommation de stupéfiants par les mineurs constitue une menace pour la Communauté

Soumis par lawan le mer, 21/08/2019 - 15:02
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Par Mahalmoudou Touré Maimouna(ANP) :
La consommation de stupéfiants par les mineurs constitue une menace pour la Communauté
Niamey,21 Août (ANP)-‘’Il m’a d’abord étranglée et c’était dans une lutte acharnée que sa petite sœur a pu arracher le couteau d’entre ses mains et il était sorti en courant criant (maman, maman...) a indiqué une mère désespérée qui vient de subir le courroux de son rejeton causé par la consommation de drogue.
Tchela, el, dix, tass-tass, liqueur, dissolution ou encore chanvre indien communément appelé tabac, tels sont entre autres les noms des stupéfiants que consomment dans la ville de Niamey, les enfants en situation de danger ou encore enfants en situation de vulnérabilité selon les noms qui leur ont été donnés par les instruments juridiques.
Délaissés à eux-mêmes ;  ils vivent dans les rues de la capitale, ces enfants s’adonnent à cette pratique de la consommation de stupéfiants qui n’est pas sans conséquences sur leur santé physique et mentale, c’est le cas de ces enfants âgés de 13 à 16 ans qui viennent de Loga, filingué, et même d’autres contrée des pays voisins  qui dans l’anonymat nous ont raconté leur histoire de débauche.                                                                
Déguisé en talibé avec sa tasse et bandoulière en main Issa venu du Nigéria,il affirme que ‘’les stupéfiants donnent de la force quand on en consomme, je me déguise le plus souvent en talibé ou carrément en sourd-muet pour pouvoir avoir de quoi acheter ces stupéfiants mais en réalité je trompe les gens car je suis un vrai vagabond  et les gens autour de moi savent bien que je ne suis  pas un sourd et me taquinent et cela me rend nerveux’’.
‘’Au début de sa crise, les gens disaient que ce sont ses amis et ses connaissances qui lui donnaient du tabac (chanvre indien), ce qu’on enroule dans du papier pour fumer, une fois il a même été appréhendé  par la police, on a dû faire le tour de la ville avant de le retrouver à la police judiciaire, c’est au marché katako qu’il trouve ça dans ses promenades’’ explique une mère désespérée dont le fils a perdu la tête depuis plus de 5 ans, en consommant du chanvre indien.
‘’Il avait même l’habitude de menacer les gens avec des couteaux, il a même eu à me menacer, voulant me poignarder mais heureusement que sa petite sœur est intervenue, donc c’était un jour il était assis derrière moi et juste j’ai fini de prier et il avait un couteau, il m’a d’abord étranglée et c’était dans une lutte acharnée que sa petite sœur a pu arracher le couteau et il était sorti en courant criant (maman, maman...)’’ a-t-elle ajouté.
‘’J’en ai une fois consommé pour faire la bagarre avec quelqu’un qui m’a offensé et quand on consomme ces genres de substances ça mélange les idées, ça fait tourner la tête, noircit le cœur et rend impitoyable et on peut même commettre des dégâts’’ a indiqué Mamoudou âgé environ 16 ans.
‘’La police nous traque tout le temps et nous demande de nous mettre aux oreilles en guise de punition, même hier j’en ai fait pendant à peu près 30 minutes et quand les policiers nous arrêtent on peut banalement faire de 3 à 4 jours au Commissariat central’’ a fait savoir Ibrahim venu de Loga.
Selon le commissaire de police Adamou Adiza Daogo ; Chef de Division de la Protection des Mineurs et des Femmes à la direction de la sécurité publique (DSP), ’’ pour le cas de ces mineurs, lorsqu’ils sont interpelés et qu’il n’ y a pas une grande charge, puisque y a des moments où ce sont les adultes qui les utilisent pour soit vendre la drogue, donc pour ceux qui ont l’âge d’être poursuivis on fait la mise à disposition et pour ceux qui n’ont pas cet âge, on fait la recherche des familles si possible ensuite on établit une demande d’expertise médicale donc après cela on convoque les parents et nous les conseillons de lui faire un suivi sanitaire pour voir s’il peut être récupérable’’.
‘’Comme mission, explique la Commissaire de Police, la commission a double casquette, d’abord en matière de police judiciaire on fait la constatation, la répression de toutes les infractions commises sur les femmes et les enfants ou commises que ça soit intra comme extra familiale par les femmes et les enfants et en matière de police administrative, nous avons comme mission ce qu’on appelle la police préventive, comme vous le savez le Niger a adhéré à plusieurs conventions dont la protection des mineurs, dans la protection des mineurs il y a ce que l’on appelle la mise en œuvre des trois principes que sont la prévention, la protection et la poursuite’’.
‘’Donc, a-t-elle poursuit, nous faisons ce qu’on appelle le diagnostic des signes de prédélinquances des enfants en rupture avec la famille, le suivi et placement des enfants abandonnés dans les institutions privées et publiques, en gros la mise en œuvre de la politique nationale genre et la politique nationale juvénile’’.
Quant à l’absence de loi ou négligence de l’Etat,  Mme Daddy Hadjara Abdoulaye Djibo Juge des mineurs au Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey, a déclaré qu’ ‘’absence de loi’’  c’est un peu trop dit, quand nous savions tous qu’il y a une loi qui prévoit et qui réprime la consommation des stupéfiants en République du Niger en l’occurrence l’ordonnance n° 99-42 du 23 septembre 1999 relative à la lutte contre la drogue au Niger qui prévoit tout un arsenal d’articles pouvant prévenir la consommation et la répression de cette consommation au Niger’’.
Mme Daddy Hadjara a par ailleurs souligné que ‘’comme dit l’adage ’’nul n’est censé ignorer la loi’’ donc, l’Etat a rempli sa mission, maintenant la négligence ne peut être imputable qu’aux parents qui laissent les enfants trainer dans la rue sans aucune surveillance, sans aucun regard sur les enfants, ils les laissent à eux-mêmes et je peux témoigner parce que j’ai vu beaucoup de cas qui sont passés ici dans mon bureau, tout en indiquant que ‘’ les mineurs qui commettent des infractions lors de leur déferrement, malheureusement comparaissent seuls, les parents ne savent pas où ils sont et c’est des jours après qu’ils viennent devant moi pour se renseigner sur les faits commis par leurs enfants mais aussi les circonstances dans lesquelles ils ont été arrêtés, ils ignorent tout cela’’.
Selon M. Abdoulwahidou Boubacar Responsable chargé du suivi-Evaluation/Coord Projet Genre Education de la Coalition des Organisations Nigériennes des Droits de l’Enfant (CONIDE),  ‘’le Niger a ratifié les instruments juridiques internationaux en matière de protection de l’enfant tels que la Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant, la Charte africaine de droits et de bien-être de l’enfant et également un certain nombre de textes, de lois au niveau national et qui permettent toujours d’assurer une certaine protection ou une promotion des droits des enfants ici au Niger’’.
‘ ‘’Les textes sont là seulement ils souffrent d’une certaine application’’ a-t-il ajouté.
Quant à la prise en charge de ces enfants, l’Etat et les organisations non gouvernementales (ONG) qui militent pour le bien-être de l’enfant chacun en ce qui le concerne accorde une grande importance.
‘’Lorsqu’il y a beaucoup de signalement de consommation de drogue on procède à ce qu’on appelle dans notre jargon, l’identification de ces mineurs-là qui sont dans la consommation de la drogue, en organisant des opérations coup de points et rafles … mais toujours est-il que c’est avec les autres acteurs de protection, si on les prend on fait le tri, on vérifie qui est majeur et qui est mineur, qui a besoin de protection et les mineurs sont mis dans le processus de prise en charge’’ a fait savoir la Chef de Division de la Protection des Mineurs et des Femmes de la direction de la sécurité publique.
M. Abdoulwahidou Boubacar a, quant à lui déclaré qu’au niveau de leur coalition il y a des ONG qui assurent cette prise en charge à cette catégorie d’enfants telle que l’Ecole-Parrainage et Actions de Développement (EPAD-Niger)’’.
Le Responsable chargé du suivi-Evaluation à la coordination du Projet Genre Education de la CONIDE a également fait cas des Orientations nationales en matière de prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité, texte dans lequel, la procédure de prise en charge est définie.
‘’D’abord, a-t-il indiqué, il faut identifier l’enfant qui est en situation de vulnérabilité, après l’identification on fait le signalement c’est-à-dire, à qui il faut signaler le cas d’enfant en situation de vulnérabilité et on peut signaler aux autorités administratives tout comme aux autorités judiciaires’’.
‘’Vous pouvez également signaler aux ONG qui interviennent dans les domaines de la protection de l’enfant parce que ces ONG viennent en aide aux actions de l’Etat, pour poursuivre la prise en charge de ces enfants-là ’’ a-t-il par ailleurs souligné tout en ajoutant que beaucoup d’ONG disposent de centres d’accueil ou de transit’’.
‘’L’Etat dispose également de services éducatifs judiciaire et préventif (SEJUP) qui sont des centres qui sont créés par le Ministère en charge de la protection de l’enfant’’.
‘’La prise en charge c’est, des services qui sont rendus à l’enfant non seulement de manière préventive mais aussi de manière curative, préventive dans le sens de prévenir tout ce qui peut amener l’enfant à être dans une situation de vulnérabilité et curative dans le sens de prendre en charge la situation lorsque l’enfant y est ‘’ a-t-il enfin déclaré.
La Juge des mineurs lance un appel à l’endroit des parents, quant à la surveillance accrue et le suivi permanent et régulier de ces enfants,’’ puisque, a-t-elle notifié, tant qu’il n’y a pas ces facteurs clés dans l’éducation d’un enfant ça ne marchera pas’’ tout en ajoutant que, la plupart des enfants de la rue, sont ceux dont les parents sont au village, qu’ils laissent venir à la capitale à la recherche de lendemain meilleur.
Selon la loi 2014-72 sur les juridictions des mineurs, un enfant qui est en situation de danger c’est la fille ou le garçon dont la santé ; la moralité et l’éducation sont compromises donc, une fois que cet enfant est dans la rue il n’a pas le cercle familial, il n’est pas protégé d’où, la nécessité d’accompagner ces enfants en mettant à leur disposition non pas seulement des textes juridiques les protégeant mais leur application est plus que nécessaire.
MTM/MHM/ANP/ 074 Août 2019

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